Un jour, j’ai vu un spectacle de danse « contemporaine »

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26 mars 2015. 18e Biennale de danse du Val-de-Marne. Ma copine Doris travaille dans le milieu, même qu’elle organise événement. En grande spécialiste de la danse qu’elle est, je lui fais pleine confiance pour choisir pour moi le meilleur des spectacles. « The dog days are over » du néerlandais Jan Martens. Connais pas. Elle est sûre d’elle, « c’est sûûûuuuur que ce sera bien », elle me dit. Je ne regarde même pas de quoi il s’agit. Je m’abandonne ! Peut-être pas la meilleure idée de l’année…

Je suis un peu en retard, la Maison des Arts de Créteil est in-trou-vable. Munie de mon invitation magique, j’accède à la gigantesque « petite salle ». Hyper bien placée. 2e rang. Ouf je n’ai pas raté le début. Les huit danseurs sont déjà en place. Côte à côte. Immobiles. Cinq minutes passent. Ils commencent à se dandiner sur place. Puis à sauter. A pieds joints. En rythme. Ensemble. Sans musique. Cinq minutes de droite à gauche. Cinq minutes d’avant en arrière. Sans musique. Sans interruption. Au bout de quinze minutes, ils sautent toujours et je me dis qu’ils vont continuer à sauter POUR toujours. Que ça doit être le « concept » de la soirée. Et que Doris m’a bien eue.

Au bout de 30 minutes de sauts, à pieds joints, en rythme, ensemble et sans musique, je commence à être passablement énervée. Je me divertis comme je peux. Examine chaque cm2 des corps en mouvement. La queue de cheval  qui frétille. Les tenues. Les attitudes. Les cheveux. Les muscles. Les corps. Je trouve des surnoms à certains. Romane Bohringer. Au bout d’une heure, la sueur. Le son désagréable des baskets sur le sol plastique. La synchronisation pas toujours nickel nickel. Je me dis que ces pauvres gens doivent avoir besoin de cachets pour valider leur statut d’intermittent. Et que le chorégraphe est furieusement atteint.

À un moment, je pense même que c’est une gigantesque farce. Destinée justement à nous faire réagir. Que les danseurs attendent qu’un spectateur quitte la salle excédé pour commencer le « vrai » spectacle. Combien de temps pourrons-nous le supporter des sauts, à pieds joints, en rythme, ensemble et sans musique ? Quelles sont les limites de l’art ? Je m’enfonce dans mon fauteuil, réponds à quelques mails, teste la fonction vidéo « accéléré », ah tiens c’est nouveau, sur mon iphone, et lis le descriptif du spectacle. (Doris sera colère quand elle découvrira que les feuilles de spectacles qu’elle a passé l’après-midi à réaliser n’ont même pas été distribuées.)

Jan Martens a conçu une chorégraphie très complexe, mathématique, dynamique, et épuisante, interprétée quasi entièrement à l’unisson. Le degré de difficulté de la chorégraphie est tel que les danseurs finiront par se tromper. (…) Où se situe la ligne ténue entre l’art et le divertissement ? Qui sommes-nous, nous les spectateurs qui venons voir souffrir des danseurs comme si nous assistions à une corrida ?
Que souhaitons-nous atteindre en tant que public ?

 

OK… C’est bien ce que je pensais, soooo conceptuel comme spectacle, pas du tout mais du tout mais du tout ce que j’avais envie de voir. Du tout du tout. Du tout.

Fin de la représentation. La salle applaudit comme une forcenée. Unanimement conquise. Il y a des cris. Des bravos. Des sifflements, des gens qui se lèvent. Des rappels. Je suis en décalage total.

En sortant, j’ai le mal de mer et je suis KO. Doris aussi. Je lui avoue que je ne suis pas prête pour ce genre de spectacle. Elle est étonnée. Elle a adoré. « T’étais pas en empathie avec les danseurs ?! » Bah non. Quand je vais voir un spectacle, les interprètes, je m’en fous. Ce sont les personnages qui m’intéressent. À partir des applaudissements, c’est différent, j’aime bien voir comment sont les comédiens en « off ».  Là je peux chouiner « par empathie », car ça je sais super bien faire. 😀

 

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