Un jour, j’ai passé l’après-midi à la piscine du camping

piscine

Été 2014. Lozère. Cévennes. Nuit 8°C. Après-midis 18°C wouuuu ! J’ai l’impression d’avoir 65 ans, toute habillée à bouquiner au bord de la piscine, le seul endroit où je peux m’asseoir autre part que sur les cailloux. C’est ça, de « voyager » léger… Ce n’est pas non plus très déplaisant car si l’air est frais, les propriétaires des lieux ont eu la bonne idée de chauffer l’eau de la piscine. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, plus la contenance est grande, plus l’eau est chaude : pédiluve 15°C, pataugeoire 22°C, piscine 28°C.

Je suis donc confortablement installée sur mon transat, en mode camouflage après ma baignade éclair, et je lis. Enfin j’essaie. Car l’animation locale va vite focaliser toute mon attention : une bande de jeunes, filles et garçons, s’ébroue joyeusement. En 2 minutes 30, je constate que depuis ma (lointaine) jeunesse, rien, absolument rien n’a changé. 1998-2014 : même combat.

Dans la bande, il y a 3 mâles et 3 femelles. Pratique même si tous ne s’accoupleront pas. Parmi eux un couple seulement : « Musclor  » et « Bronzée ». La demoiselle est accrochée en permanence au torse de son jeune éphèbe, et le binôme ne fait à peu près rien sinon se rouler des pelles. Ça n’a pas l’air hyper fun ; les autres se marrent beaucoup plus.

Et puis il y a « Grande gueule ». Le leader du groupe. On entend beaucoup son fort accent du sud. Il se la raconte vraiment mais vraiment quand il se balade dans le camping avec son baggy, ses baskets et son déhanchement. Il n’aime pas trop se baigner, aurait préféré aller dans le Tarn mais les autres trouvent que 15°C, c’est frisquet. Il est un peu épais, son gras est en voie de transformation musculaire, mais cela ne l’empêche pas d’être à l’aise et de faire des « bombes ». Le mec cool quoi.

Avec eux : « Gros seins ». C’est la sœur de « Grande gueule ». On n’entend qu’elle et pourtant elle a les seins encore plus gros que sa verve. À 15 ans je me dis que ça doit être lourd à porter. C’est cramé, elle ne chopera pas cet été mais heureusement qu’elle est là pour créer du lien entre les autres qui n’ont pas grand chose à se dire. Elle est du genre « Ma chériiie » avec ses copines, et doit arranger pas mal de coups. La bonne copine. Lassant comme position. Mais elle est un peu énervante alors je ne la plains pas.

Il y a aussi « Timide », qui est timide. Et plus jeune que les autres. Ou plus petit ? On ne l’entend pas beaucoup mais il sera toujours utile s’il y a une boom dans le camping. Et enfin : « Bonnasse », qui n’a pas pécho… Elle aurait pu mais il ne restait que « Grande gueule » et « Timide », alors forcément… Et puis force est de constater qu’elle est bien plus à l’aise en maillot qu’en civil : je l’ai vue faire la belle lors de ses tours de camping, avec son sac à main de ville et son amie la binoclarde. Elle se la raconte un peu trop et à part moi, il n’y avait pas grand monde pour la mater.

giphy

Tout ce petit monde parle (crie) fort, et ne s’enchaînent que des (mini) conflits. Rien n’a changé depuis 1998 : les garçons passent leur temps à « couler » les filles, qui crient, se vengent, essaient de leur rendre la pareille (et non « l’appareil ») et les provoquent pour se faire couler à nouveau. « Se faire couler », genre la récompense suprême. « T’es taré ou quoi, j’ai bu la tasse ». « Ah ah ». « Même pas cap de m’attraper ». « Tu n’oseras pas ». « Ah ah ». Le jeu sans fin de la piscine. Un comportement dans lequel rien n’est explicite ou plutôt tout veut dire le contraire. Il suffit d’avoir les codes : à cet âge-là, « coule-moi » veut dire « tu me plais ».

Est-ce que ça se simplifie en vieillissant ? Je crois que oui et je l’espère vraiment parce que 1/ c’est super désagréable de se faire couler. Et 2/ c’est pas gagné que passés 20 ans, on te mette souvent la tête sous l’eau. À moins que d’être une sacrée cougar ?

J’en ai un peu marre de faire la voyeuse, je lâche définitivement mon bouquin et je me dis que j’irais bien faire trempette. Et là j’ai l’air bien conne. Toute seule. À faire des longueurs. « FAIRE DES LONGUEURS » => le truc qui devient « intéressant » uniquement quand t’as passé 25 ans et que t’es pas célibataire…

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Une réflexion sur “Un jour, j’ai passé l’après-midi à la piscine du camping

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